Coutellerie Jézéquel, dernière génération

jmjezequel

Cela fait quatre générations que les Jézéquel tiennent la coutellerie quincaillerie dans la plus vieille maison de Paimpol. Après Jean-Marc, ce sera la fin de la plus ancienne enseigne paimpolaise.

La maison, autant que l'enseigne, font partie intégrante du patrimoine paimpolais. La quincaillerie coutellerie Jézéquel, 6,rue des Huit-Patriotes, a des choses à raconter. Jean-Marc Jézéquel tient la boutique qu'avait créée son arrière-grand-père, Yves Jézéquel, dans la plus ancienne maison de la ville, en 1886. Comme d'autres entreprises de l'époque, telle que la cidrerie Guillou-Le Marec, la quincaillerie avait vu le jour durant la période de la grande pêche. Derrière la maison à pan de bois du XVesiècle, figurait une forge qui servait à fondre le plomb pour fabriquer des hameçons et des couteaux de pêche (pour la pêche à la morue notamment). «Tout tournait autour de l'activité portuaire mais mon arrière-grand-père avait aussi créé trois grandes boutiques dans la même rue. De quoi dissocier le côté terre (pelle, faucille...) et mer», raconte Jean-Marc Jézéquel, son descendant, qui travaille dans ce magasin depuis 27ans.

Un Jézéquel maire

Son arrière-grand-père a même été maire de Paimpol durant deux ans. «Il a dû remplacer le maire précédent sans être élu mais il n'y a pas de rue à son nom, plaisante-t-il. Il n'a pas dû faire de grandes choses». Après la Première Guerre mondiale, son grand-père, un autre Yves, réduit l'activité et la cède à son fils aîné (l'oncle de Jean-Marc), en 1950. Tout est désormais concentré dans la boutique du 6, rue des Huit-Patriotes. Mais, comme tous les hommes de la famille, il meurt jeune, à57ans, et son frère, en préretraite à Paris, est alors revenuàPaimpol, à 53ans, pourreprendre le flambeau familial. La tradition est respectée, l'entreprises'héritait du père à l'aîné des fils. Mais, chez la famille Jézéquel, l'enseigne s'est transmise bon gré mal gré. «Ça ne se transmet pas dans les gènes, l'amour d'une boutique de quincaillerie», explique Jean-Marc. Seule la quatrième génération, le cinquième Jézéquel, possède depuis les premiers instants la passion de son métier. «J'aidais mes parents quand j'étais jeune, ça m'a plu dès le départ», se souvient-il. Après des études de commerce, il travaillera avec son père.

Défense des artisans

Ce qu'il lui tient à coeur, ce sont les artisans, la défense des petits fabricants, notamment de Thiers, en Auvergne. «Lorsque j'avais 20ans, mon père et moi avons fait le tour de France de tous les artisans avec lesquels nous travaillions. Nous allions voir comment les objets étaient fabriqués, discutions avec eux... Une fois que l'on a vu l'envers du décor, notre regard n'est plus le même et on est en mesure de parler de ce que l'on vend. Je sais que derrière les produits, il y a des hommes». Dimanche, il est 10h, un client demande des renseignements sur un couteau qu'il a remarqué en vitrine. Aussitôt, Jean-Marc lui parle de l'objet: «Ce couteau a été possédé par le fameux contrebandier du XVIIIesiècle, Mandrin, le travail est soigné, le polissage bien dosé...». Pas de doute, Jean-Marc est bien dans son élément. Si aucune descendance ne prendra la relève après sa retraite, Jean-Marc a le temps de profiter des années à venir dans la boutique et ne veut pas y penser: «C'est rare qu'une quincaillerie soit reprise, mais j'ai trouvé mon métier, ma place, c'est déjà ça. Ce n'est pas donné à tout le monde, c'est un grand luxe.» Source Le Télégramme, 26 Août 2011 par Emmanuelle Jacquot

 
Quincaillerie Jezequel